Renoir dessinateur, redécouvrir l’intimité graphique d’Auguste Renoir
Du 17 mars au 5 juillet 2026, le Musée d’Orsay consacre à Renoir sa première grande exposition dédiée aux œuvres sur papier depuis 1921. Coorganisée avec la Morgan Library & Museum de New York, « Renoir dessinateur » réunit plus d’une centaine de feuilles, croquis, pastels, aquarelles, sanguines, venues du monde entier.
Le parcours s’étend des esquisses des années 1860 aux sanguines monumentales des années 1910, et révèle un Renoir souvent méconnu : dessinateur autant que peintre. Sur ces feuilles, études rapides, pastels soyeux, aquarelles lumineuses, notes au crayon et sanguines vibrantes, se lisent les hésitations, les reprises et les intuitions qui ont nourri ses grandes toiles.
L’exposition replace le dessin au centre de son processus créatif : l’aquarelle apparaît comme une notation immédiate de la couleur, la sanguine associée à la craie blanche redéfinit le nu féminin, et les compositions tardives montrent la liberté du trait, passant d’un médium à l’autre.
Organisée en sections thématiques (des débuts académiques aux feuilles monumentales de la dernière période), l’accrochage permet aussi d’apercevoir la vie intime de l’artiste : portraits de famille, études de domesticité et scènes inspirées par son entourage à Essoyes, son fils Jean, sa nourrice Gabrielle Renard, sa femme Aline, y prennent une présence nouvelle.
Installée dans la galerie Amont, l’exposition offre une lecture chronologique et sensuelle du geste de Renoir, rendant palpables ses recherches sur la forme et la couleur.
Pour qui aime suivre la genèse d’une peinture ou comprendre comment un maître conjugue trait et couleur, « Renoir dessinateur » est une plongée convaincante et délicate dans l’atelier du peintre, une rare occasion de voir, côte à côte, les carnets et feuilles qui ont façonné son art.
Pourquoi y aller
Du 17 mars au 5 juillet 2026, le Musée d’Orsay présente « Renoir dessinateur », la première grande exposition consacrée aux œuvres sur papier d’Auguste Renoir depuis 1921. Le parcours offre une plongée intime et lumineuse dans les carnets et feuilles qui ont nourri sa peinture, des croquis d’atelier aux sanguines monumentales.
Des débuts académiques à la vie moderne
Renoir commence sa formation dans l’atelier de porcelaine dès l’âge de treize ans puis fréquente l’École impériale des Beaux‑Arts ; autorisé à copier au Louvre en 1860, il s’immerge très tôt dans les codes académiques. L’exposition met en regard ces premières leçons de dessin avec ses croquis de la vie moderne, révélant un artiste attentif aux deux registres.
Parmi les feuilles rassemblées, on mesure l’influence de cet apprentissage laborieux : traits précis, étude du modelé et maîtrise des valeurs qui forgent la main du jeune Renoir. Ces pièces d’atelier côtoient des dessins commandés ou publiés, jusqu’aux illustrations qu’il réalise pour la presse de son temps, autant de preuves de son rapport direct au monde parisien et à ses scènes de vie.
Surprenant, peut‑être, mais conforme aux sources présentées dans l’exposition : pendant la grande période impressionniste Renoir dessine peu, privilégiant la peinture en plein air et la saisie immédiate de la couleur et de la lumière sur la toile, sans longues études préparatoires.
C’est précisément ce contraste, entre la rigueur académique de ses débuts et l’immédiateté de ses notes de la vie moderne, que souligne la scénographie. Pour le visiteur, ces pages offrent un privilège rare : lire en creux la trajectoire d’un artiste, depuis les exercices de copie au Louvre jusqu’aux croquis animés qui racontent Paris.
Elles invitent à suivre, feuille après feuille, la formation d’un regard qui ne sera jamais indifférent ni au métier ni au monde.
L'avis éditorial
Voir Renoir ici, à hauteur du papier, change tout : les traits deviennent paroles, la couleur se fait confidence et l’on entend la main travailler. C’est une expérience intime et lumineuse qui révèle la générosité et la chair du dessin - on en sort plus proche de l’artiste, touché par sa sûreté et sa douceur.
Nous recommandons chaudement cette halte au Musée d’Orsay : rare, sensible et profondément vivante, l’exposition offre des rencontres fugitives avec l’œuvre qui valent le déplacement.
Une révolution graphique autour des baigneuses
Quand sanguine et craie blanche redéfinissent le nu féminin Vers 1883, Renoir traverse une crise profonde. Après le triomphe du Déjeuner des canotiers, il ressent le besoin de solidifier les formes et de revenir à la maîtrise du trait.
Raphaël et Ingres deviennent ses modèles. Le nu féminin, jusqu'alors secondaire dans son œuvre, est érigé en forme indispensable de l'art.
L'artiste se lance dans une grande composition de baignade féminine inspirée du Bain des nymphes, relief du sculpteur Girardon à Versailles. Il multiplie les feuilles préparatoires en atelier et produit une vingtaine de dessins pour cette seule œuvre.
La sanguine occupe une place privilégiée pour sa souplesse, sa couleur chair et sa parenté avec les maîtres du XVIIIe siècle, Watteau, Boucher, Fragonard. 20 Dessins préparatoires pour la composition des Baigneuses Auguste Renoir (1841, 1919), Trois baigneuses (étude pour Baigneuses.
Essai de peinture décorative), vers 1886, sanguine et craie noire avec rehauts de craie blanche sur papier marouflé sur toile, 108 × 162 cm, Paris, musée d'Orsay, RF 29660 Focus sur l'œuvre Ce dessin monumental aux « trois crayons » constitue l'un des documents les plus révélateurs du processus créatif de Renoir au milieu des années 1880. Il s'agit d'un état intermédiaire de la composition des Baigneuses.
Essai de peinture décorative, marqué par de nombreuses reprises et corrections visibles sur la feuille. En pleine « crise ingresque », l'artiste multiplie les études préparatoires en atelier, une vingtaine au total pour cette seule œuvre, rompant radicalement avec sa méthode impressionniste de peinture directe.
La sanguine, associée à la craie noire et aux rehauts de craie blanche, lui permet d'obtenir des modelés chaleureux évoquant la chair, dans la lignée des maîtres du XVIIIe siècle qu'il admire. Cette feuille est également un jalon commercial majeur : vendue plus de 7 000 francs au marchand Georges Petit en 1903, puis 10 000 francs à la galerie Bernheim-Jeune en 1910.
Baigneuses. Essai de peinture décorative, présentée à l'Exposition internationale chez Georges Petit en 1887, surprend par son aspect linéaire et ses tons clairs.
Ce tournant graphique éloigne Renoir de la touche impressionniste au profit d'une ligne affirmée qui structure la composition.
Questions fréquentes
Quelles sont les dates et les horaires de l’exposition ?
« Renoir dessinateur » se tient du 17 mars au 5 juillet 2026 au Musée d’Orsay. Le musée est fermé le lundi; du mardi au dimanche l’ouverture est de 9h30 à 18h, avec une nocturne le jeudi jusqu’à 21h45.
Combien de temps faut‑il prévoir et que présente le parcours ?
Prévoyez environ 1h30 à 2h pour parcourir l’ensemble: l’exposition réunit plus de 120 œuvres réparties en six sections thématiques, installées dans la galerie Amont. Croquis, pastels, aquarelles et sanguines, des esquisses des années 1860 aux grandes feuilles des années 1910, offrent une plongée intime dans l’atelier de Renoir et dans la genèse de ses tableaux.
Où se déroule l’exposition et comment y accéder ?
L’exposition se tient au Musée d’Orsay, Esplanade Valéry Giscard d’Estaing, 75007 Paris. Accès facile: RER C (station « Musée d’Orsay »), métro ligne 12 (station « Solférino ») et lignes de bus desservant le quartier; l’arrivée par l’esplanade permet une entrée agréable vers la galerie Amont où se déroule l’accrochage.
Comment se procurer un billet et à quel prix ?
Le tarif adulte indiqué est de 17,50 €. Les autres tarifs (réductions, gratuités, tarifs jeunes/étudiants) ne sont pas précisés dans la source.
La forme irradie dans l’espace, dessins monumentaux de la dernière période
À partir des années 1890, le dessin chez Renoir cesse d’être simple note préparatoire pour gagner une autonomie et une envergure nouvelles. Le parcours montre comment, sur de grandes feuilles, le trait devient force plastique et déploie la figure dans l’espace.
Crayon noir, sanguine, pastel se répondent et se superposent avec une liberté inédite : sur des formats généreux, le geste s’élance, enveloppe les volumes et projette les silhouettes hors du support.
Ces grandes feuilles, dont les monumentales sanguines des années 1910, témoignent d’un artiste qui transforme le dessin en véritable champ d’expérimentation, non plus seulement comme étape vers la toile, mais comme œuvre à part entière.
Le parcours met en lumière une intimité domestique et affective : son fils Jean, la nourrice Gabrielle Renard, sa femme Aline occupent ces compositions où femmes à leur toilette ou jeunes filles absorbées par la musique prennent une présence presque sculpturale.
Voir ces pièces in situ permet de mesurer la chaleur du trait, la richesse des jeux de lumière rendus par la craie et la sanguine, et la manière dont Renoir, dans ses dernières décennies, élargit le dessin jusqu’à en faire rayonner la forme.
Ces feuilles monumentales clôturent le parcours sur une impression de présence, un Renoir qui, jusque dans la simplicité apparente du dessin, cherche à donner au corps et au quotidien une intensité neuve. Les admirer de près, dans la lumière mesurée des salles, est une expérience qui révèle autrement la modernité et la tendresse du regard du peintre.
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