L'exposition
Installée dans la Galerie Jardin du musée du quai Branly, l'exposition a été conçue par le Victoria and Albert Museum et se déroule sur sept sections. Elle tisse un dialogue entre archives et créations récentes.
Conçue après six étapes internationales par le Victoria and Albert Museum, Africa Fashion présente un parcours en sept sections qui mêle collections historiques et propositions contemporaines. L'accrochage révèle plus de soixante ans d'innovation stylistique, des étoffes commémoratives aux silhouettes de haute couture.
Les pièces exposées, textiles, accessoires, photographies et créations de couturiers, ne sont pas seulement montrées, elles se répondent: tissus politiques côtoient vêtements de défilé, images de studio accompagnent parures artisanales. Ce va-et-vient offre au visiteur une lecture à la fois visuelle et intellectuelle de la mode africaine.
La scénographie, pensée pour faire entendre autant les fibres que les formes, favorise une circulation qui alterne moments d'intensité et respirations. C'est une manière de percevoir la mode comme acte culturel, mémoire collective et moteur d'innovation.
Pourquoi y aller
Quatre bonnes raisons d'inscrire Africa Fashion à son agenda culturel: histoire prolongée, images qui marquent, dialogues créatifs et fenêtre temporelle précise.
Des indépendances à la renaissance culturelle
Le vêtement comme message: la première section interroge le rôle politique du textile depuis les années 1950. On y mesure l'usage du tissu comme acte d'affiliation et de résistance.
Quand le tissu devient acte de résistance politique Les mouvements d'indépendance africains, dès les années 1950, ouvrent une longue période de créativité dans la mode, la musique et les arts visuels. Affiches, publications, enregistrements et photographies documentent les transformations survenues entre le milieu des années 1950 et 1994, date de la fin de l'apartheid en Afrique du Sud.
Le tissu commémoratif ANC Nelson Mandela de 1991 incarne cet engagement politique. Fabriquer et porter des tissus traditionnels deviennent des gestes politiques dans un contexte de lutte et d'émancipation.
Imprimés à la cire, tissus commémoratifs, àdìrẹ teints à l'indigo, kenté multicolores en soie ou coton, bògòlanfini obtenus à partir de terre et de matières végétales: ces techniques issues de tout le continent composent une histoire textile plurielle. Le textile en Afrique fonctionne comme un vecteur de communication politique et d'affiliation identitaire, bien au-delà de sa fonction vestimentaire.
Avant la libération de Nelson Mandela le 11 février 1990, le gouvernement sud-africain avait interdit l'affichage public de son image et des couleurs de l'ANC. Après la fin de l'apartheid, ces textiles à l'effigie de Mandela furent produits en masse comme symboles de résistance et de fierté nationale.
Ce tissu ouvre la section «Renaissance culturelle» et illustre comment le vêtement en Afrique porte un message collectif.
L'avis éditorial
La rédaction recommande Africa Fashion comme une leçon visuelle et sensible: ici la mode n'est ni décorative ni anecdotique, elle raconte des histoires, forge des identités et renouvelle le vocabulaire du vêtement.
C'est une exposition à voir pour éprouver la force des matières et l'inventivité des créateurs africains.
Capter le changement
La photographie occupe une place centrale: portraits studio et autoportraits constituent autant de manifestes visuels. Ces images enregistrent l'aspiration identitaire des jeunes nations et des diasporas.
Les portraits de Samuel Fosso, James Barnor, Sory Sanlé ou Félicien Rodriguez montrent comment la photographie de studio a servi d'atelier d'invention identitaire. Ces tirages, souvent grand format, transforment le vêtement en performance et figent des postures qui traduisent des désirs sociaux et esthétiques.
Samuel Fosso y joue un rôle particulier: arrivé très jeune à la photographie, il a développé dès les années 1970 une pratique d'autoportrait qui interroge les figures publiques et les icônes panafricaines. Sa série African Spirits, composée d'autoportraits, confère à la scénographie une intensité à la fois personnelle et collective.
Regarder ces images en regard des pièces textiles, c'est sentir comment le vêtement circule entre l'intime et le politique. Pour qui aime les rencontres visuelles fortes, cette section offre plusieurs moments qui restent en mémoire.
Questions fréquentes
Quelles sont les dates et le lieu de l’exposition?
Africa Fashion se tient du 31 mars 2026 au 12 juillet 2026 dans la Galerie Jardin du musée du quai Branly - Jacques Chirac à Paris.
Quels sont les horaires d'ouverture et existe-t-il des nocturnes ou des gratuités?
Le musée est fermé le lundi. Les autres jours l'accueil commence à 10h30; le jeudi bénéficie d'une nocturne jusqu'à 22h. L'entrée est gratuite le premier dimanche de chaque mois.
Quel est le tarif et qui bénéficie de la gratuité?
Le tarif plein adulte indiqué est de 14 €. L'entrée est gratuite pour les moins de 18 ans; les billets sont vendus en ligne et peuvent entraîner des frais selon la plateforme.
Comment la scénographie articule-t-elle créations contemporaines et collections historiques?
Le parcours en sept sections met en regard textiles commémoratifs, techniques traditionnelles et silhouettes contemporaines, renforcé par un ensemble de portraits photographiques qui font dialoguer mémoire, politique et innovation stylistique.
L'avant-garde et le textile indigo
La trajectoire des créateurs pionniers dialogue avec les audaces contemporaines, de Kofi Ansah à Thebe Magugu. L'indigo tient ici le rôle de fil conducteur visuel et symbolique.
Cinq figures fondatrices, Shade Thomas‑Fahm, Chris Seydou, Kofi Ansah, Alphadi et Naïma Bennis, matérialisent la première génération de designers africains ayant acquis une visibilité internationale. Leurs parcours montrent comment un vocabulaire local s'est inscrit dans une pratique professionnelle reconnue hors du continent.
Kofi Ansah, formé au Chelsea College of Art, illustre ce pont entre savoir-faire africain et vocabulaire haute couture: la création de son label ArtDress en 1992 a servi à transposer kenté, bògòlanfini et tie-dye dans un registre formel nouveau. Ces pièces anciennes et leurs résonances contemporaines donnent au parcours une épaisseur historique.
La présence simultanée de créateurs actuels, Imane Ayissi, Thebe Magugu, Ibrahim Kamara, confirme que la mode africaine est aujourd'hui à la fois héritière et avant‑gardiste. On ressort de ces salles avec la sensation d'avoir observé une filiation vivante entre artisans, pionniers et innovators contemporains.
En quittant la Galerie Jardin, on garde l'image d'un indigo profond, d'une coupe affirmée et d'une photographie qui tient la mémoire: des impressions durables qui invitent à revoir ses idées reçues sur l'origine et l'influence de la mode.
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