Plumes du paradis
Exposition

Plumes du paradis

Plumes du paradis au musée du quai Branly (12/05 - 08/11/2026) : près de 190 œuvres retracent la circulation d’un paradisier entre Nouvelle‑Guinée et Paris sur cinq siècles.

Musée du quai Branly - Jacques Chirac

37 Quai Jacques Chirac, 75007

12 mai 2026 — 08 nov. 2026

Mardi : 10h30 - 19h Mercredi : 10h30 - 19h Jeudi : 10h30 - 22h Vendredi : 10h30 - 19h Samedi : 10h30 - 19h Dimanche : 10h30 - 19h Fermé le lundi (sauf vacances scolaires) Gratuit le premier dimanche de chaque mois

L’exposition

Une traversée chronologique et matérielle qui suit un motif plutôt qu’un seul récit historique.

« Plumes du paradis. Voyages d’un oiseau extraordinaire de Nouvelle‑Guinée » investit la galerie Germain Viatte au musée du quai Branly - Jacques Chirac du 12 mai au 8 novembre 2026.

Le parcours rassemble près de cent quatre‑vingt‑dix pièces, parures rituelles, oiseaux naturalisés, peintures, coiffes, broches et ouvrages savants, pour rendre visible une circulation sur cinq siècles. Plutôt que d’aligner des curiosités, l’exposition établit des correspondances: chaque plume, chaque parure devient un point de passage entre des mondes.

Le motif du paradisier fait office de fil rouge et de prisme, montrant comment un même signe change d’épaisseur selon les usages sociaux, politiques et esthétiques. La promesse est double: restituer la présence animale du paradisier et suivre ses avatars culturels, depuis les forêts papoues jusqu’aux ateliers de couture parisiens.

Le visiteur est invité à percevoir non seulement des objets, mais des relations, entre hommes, oiseaux, savoirs et pouvoirs, qui se tissent au fil du temps.

Pourquoi y aller ?

Quatre raisons, sensuelles et intellectuelles, de votre visite.

Un récit sur cinq siècles. Le parcours recompose la trajectoire d’un même motif du XVe siècle à nos jours, montrant comment la valeur et le sens d’une plume se transforment selon les lieux et les régimes de pouvoir.
La présence animale restituée. L’ouverture audiovisuelle restitue les parades et le chant des paradisiers: on ressent l’origine vivante des objets et l’intensité des gestes qui les produisent.
Un dialogue entre savoirs. Peintures de cour, naturalia, pièces de mode et ouvrages savants dialoguent pour éclairer tensions entre science, prestige et industrie.
Une portée contemporaine. La dernière section réactive la voix papoue: drapeau, affiches et créations contemporaines montrent que le paradisier est aussi un emblème politique et écologique.

Paradisiers papous : les oiseaux-artistes

Le voyage commence au lieu d’origine, là où le paradisier est d’abord sujet de relation et non d’ornement.

L’ouverture plonge le visiteur au cœur des forêts de Nouvelle‑Guinée: un dispositif audiovisuel restitue parades et chorégraphies, et rappelle que la famille Paradisaeidae comprend quarante‑cinq espèces aux attitudes et vocalisations distinctes. L’effet est immédiat: l’oiseau redevient corps, geste et présence sonore, source première des objets exposés.

Les parures rituelles présentées ne sont pas seulement des ornements, elles sont des dispositifs relationnels, signes d’alliance, d’appartenance et de pouvoir spirituel. Les textes et la mise en scène restituent la complexité des identités attribuées au paradisier dans les récits papous, où il peut être tour à tour masculin et féminin et souvent lié au casoar.

Dans cette séquence initiale, la matière compte autant que le sens: la finesse des plumes, la manière dont elles se fixent aux coiffes, la texture des peau et des fibres disent une économie esthétique et sociale qui échappe aux catégories européennes de collection.

Editor's note

Plumes du paradis réussit à faire sentir une circulation plutôt qu’à ériger une simple collection d’objets.

On sort de la galerie avec la sensation tangible d’un motif en mouvement, chargé d’histoires, de conflits et d’alliances.

Routes du paradis : de Magellan aux maisons parisiennes

La seconde grande étape suit les chemins d’échange qui font du paradisier un motif mobile, métamorphosé par chaque contexte.

Des Moluques aux cours d’Orient, puis aux maisons de couture Les routes du paradisier remontent au cinquième siècle de notre ère. Depuis l’ouest de la grande île papoue, plumes et peaux gagnent les Moluques, Java, la Chine, l’Inde et le bassin méditerranéen ; à partir du seizième siècle, elles intègrent l’iconographie du pouvoir céleste dans les grandes cours d’Orient, mogholes, safavides et ottomanes, où l’oiseau se confond avec le simurgh et l’oiseau huma de la tradition persane.

Ses panaches ornent à la fin du dix-neuvième siècle les couronnes sirpech des dynasties Shah et Rana au Népal. En 1522, la Victoria, ultime vaisseau revenu de l’expédition Magellan, rapporte à Séville les premières peaux européennes : présent du sultan de Bacan à Charles Quint.

Privées de pattes et d’ailes par la taxidermie locale, elles nourrissent une iconographie d’oiseaux sans terre, voués au vol et à la lumière solaire. Le motif gagne ensuite les ateliers de Brueghel l’Ancien, Rubens, Rembrandt et Lievens : le Garçon à la cape et au turban de Jan Lievens (vers 1631, huile sur panneau, The Leiden Collection, New York), peint à Leyde lorsque le peintre travaillait dans le même atelier que Rembrandt, place un panache de paradisier sur le turban du jeune prince Rupert.

Une iconographie d’oiseaux sans terre, voués au vol et à la lumière solaire. Cavalier tendant un fruit à un simurgh, Iran, Dynastie Qajar (1786, 1925), Vers 1865, 1888, Céramique siliceuse, décor moulé peint sous glaçure Focus sur l’œuvre : Cavalier tendant un fruit à un simurgh Ce carreau de revêtement témoigne de la persistance, à l’époque qajare, d’un répertoire figuratif associant oiseaux fabuleux et symbolique du pouvoir.

Inspirées des traditions persanes, les figures ailées telles que le simurgh ou le huma renvoient à des créatures célestes médiatrices entre le monde terrestre et l’invisible, le simurgh, bienveillant et doué d’une sagesse millénaire, est attesté dans toutes les périodes de l’art iranien comme symbole de souveraineté et de lien au divin. Sur la pièce, un cavalier enturbanné monté sur un cheval blanc tend un fruit à l’oiseau fabuleux à longue queue, dans un décor de palais et de végétation stylisée sur fond bleu cobalt.

Ces figures résonnent avec l’imaginaire du paradisier, perçu comme un être fabuleux toujours en vol : intégré à l’architecture, l’ornement opère comme un lien symbolique entre les sphères, inscrivant le pouvoir humain dans un ordre cosmique et céleste. Au dix-neuvième siècle, le naturaliste britannique Alfred Russel Wallace mène ses explorations grâce aux savoirs des chasseurs, des guides et des collecteurs locaux.

Son jeune assistant Ali, originaire du Sarawak, rapporte sur l’île de Bacan, le 24 octobre 1858, une nouvelle espèce que George Gray nommera l’année suivante Semioptera wallacii, du nom du seul naturaliste britannique. À Paris, vers 1910, le secteur plumassier rassemble trois cent cinquante artisans, trente-quatre fournisseurs et soixante-cinq négociants ; selon les évaluations de la profession, il ferait vivre près de cinquante mille personnes, majoritairement des femmes.

Le portrait officiel de María Cristina de Borbón y Dos Sicilias, reine d’Espagne peint par Vicente López Portaña en 1830 (Museo del Prado) place la taxidermie d’un grand-émeraude au sommet de la coiffure royale, et la broche signée Van Cleef & Arpels en 1942 prolonge la fascination en or, saphirs et rubis. Cette saturation suscite à partir de 1889 la fondation de premières ligues de protection animale, à Manchester puis à Boston, Londres, Berlin et Paris.

50 000 Personnes vivant du secteur plumassier parisien vers 1910, majoritairement des femmes.

Questions fréquentes

Quand et où se tient « Plumes du paradis » et que vais‑je y voir ?

L’exposition se tient du 12 mai au 8 novembre 2026, en galerie Germain Viatte au Musée du quai Branly - Jacques Chirac. Le parcours rassemble près de 190 œuvres, parures rituelles, oiseaux naturalisés, peintures, coiffes, broches et ouvrages savants, qui retracent la circulation du paradisier entre Nouvelle‑Guinée et Paris sur cinq siècles.

Quels sont les horaires d’ouverture pendant l’exposition ?

Les horaires d’ouverture mentionnés pour la période d’exposition sont ceux habituellement communiqués par l’établissement: le musée indique traditionnellement des ouvertures du mardi au dimanche, avec une nocturne le jeudi. Il est conseillé de vérifier les horaires exacts avant votre visite.

Combien coûte l’entrée et quelles gratuités existent ?

Le tarif adulte annoncé dans la fiche est de 14 €. Des gratuités sont prévues pour les moins de 18 ans, les résidents de l’Union européenne de moins de 26 ans, et les visiteurs en situation de handicap accompagnés de leur accompagnateur. Merci de consulter la officielle pour confirmation.

Le musée est‑il accessible et combien de temps prévoir pour la visite ?

Le musée propose des dispositifs d’accueil pour les personnes à mobilité réduite ainsi que des aides (fauteuils roulants, loupes). Comptez en moyenne une à deux heures pour parcourir l’exposition selon votre désir d’approfondissement.

Kumul way : l’oiseau-emblème

La séquence finale ramène l’oiseau vers ses voix contemporaines et politiques.

Drapeau, peinture, écologie : la voix papoue contemporaine Le 16 septembre 1975 naît l’État indépendant de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Quatre ans plus tôt, Susan Karike, alors âgée de quinze ans, remportait le concours du nouveau drapeau : sur fond rouge, la silhouette jaune d’un paradisier de Raggi en vol.

En 1976, l’artiste japonais Yamada Masami peint pour la compagnie aérienne Air Niugini une affiche reprise en couverture du premier numéro du magazine de bord Paradise. Le tok pisin appelle l’oiseau kumul, langue véhiculaire qui relie les près de huit cents communautés linguistiques de la grande île.

La séquence finale présente PNG Pisin Paradise de Simon Gende (2010, acrylique sur toile, collection particulière), peintre du groupe Kuman de la province de Simbu, qui poursuit le sillage de Mathias Kauage. Le parcours rappelle que la chasse traditionnelle demeure autorisée à des fins culturelles et de subsistance, et que la préservation de l’habitat forestier dépend des communautés locales, aujourd’hui confrontées à la déforestation, aux activités minières et au changement climatique.

PNG Pisin Paradise, Simon Gende (né en 1969), Groupe Kuman, Province Simbu, Papouasie-Nouvelle-Guinée, 2010, Acrylique sur toile, Collection particulière, Paris

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