Hugo et l'architecture
Exposition

Hugo et l'architecture

À la Maison de Victor Hugo (11 juin‑22 nov. 2026), une sélection d’environ 160 dessins révèle Hugo dessinateur: croquis de voyage, lavis bruns et architectures rêvées.

Maison de Victor Hugo

6 Pl. des Vosges, 75004, Paris

11 juin 2026 — 22 nov. 2026

Du mardi au dimanche: 10h - 18h Dernière entrée à 17h15 Fermeture de la boutique à 17h50 Fermé le lundi

L’exposition

Un Hugo méconnu se révèle ici par ses feuilles: dessinateur, collectionneur et lecteur de la pierre. Le commissariat d’Alexandrine Achille tient la sélection, concentrée et précise.

Dès les premières salles, la surprise est tactile: des feuilles souvent petites, tracées à l’encre et au lavis, réclament la proximité du regard. La main de Hugo y note angles, ruines et élévations comme on prendrait des notes de terrain; le geste graphique a la densité d’une pensée en acte.

La sélection d’environ 160 œuvres sur papier évite l’étalage pour privilégier l’intime et le détail: hachures, aplats bruns, traits vifs témoignent d’une écriture visuelle qui se répond à la plume. Regrouper ces feuilles permet de suivre un motif récurrent - la pierre - et d’entendre ce qu’elle raconte, loin des seules grandes scènes romanesques.

La scénographie joue de cette économie de format: clair-obscur, cadres sobres et distances courtes entre les œuvres invitent à une lecture calme et concentrée. C’est une visite qui réclame un moment posé et offre, en retour, une sensation de découverte authentique et fouillée.

Pourquoi y aller?

Quatre raisons concrètes d’inscrire cette visite à son agenda culturel.

Allez-y parce que l’on révèle un Hugo inattendu. La centaine soixante de feuilles montre la main qui accompagne la plume: croquis serrés et lavis redéfinissent l’image de l’écrivain en praticien du trait.
Allez‑y parce que la pierre devient une clé de lecture. Confronter dessins et textes éclaire des passages célèbres et transforme la manière de lire ses romans: la pierre cesse d’être décor pour devenir figure narrative.
Allez‑y pour le plaisir du regard rapproché. Les formats souvent petits demandent un moment posé: regarder de près révèle hachures, repentirs et nuances que l’on n’imagine pas en feuilletant un livre.
Allez‑y pour la clôture sensible du parcours. Le cheminement qui aboutit à l’appartement place des Vosges fait sentir l’architecture comme geste habité, une conclusion qui prolonge la visite bien après la sortie.

LA PIERRE ET LE MOT: Notre-Dame et le combat pour le patrimoine

La pierre devient personnage et mémoire dans l’œuvre hugolienne. L’exposition rappelle comment monuments et textes se répondent chez l’écrivain.

Quand la pierre devient récit Chez Victor Hugo, un vieux mur porte autant de mémoire qu’une page écrite. Le chapitre « Ceci tuera cela », inséré au cœur de Notre-Dame de Paris (1831), noue cette idée en une formule restée célèbre.

L’imprimé, redoute l’écrivain, menace de détrôner la cathédrale, ce grand livre de pierre où les siècles avaient jusque-là gravé leur histoire. Dans le roman, l’édifice cesse d’être un décor pour devenir un personnage à part entière, la cathédrale respire, veille, souffre, et ce nœud entre bâtir et raconter se retrouve d’un livre à l’autre, du Paris médiéval aux rivages des Travailleurs de la mer.

Victor Hugo, Le gai château, vers 1847, plume, pinceau, crayon, gratté, pochoir, encre, sur carton CC0 Paris Musées / Maisons de Victor Hugo Cet attachement se double d’un combat très concret. Dès 1825, le pamphlet « Guerre aux démolisseurs » s’élève contre la destruction des monuments anciens, à une époque où spéculateurs et municipalités rasent sans scrupule églises et châteaux médiévaux.

Hugo y invente une figure qui lui collera à la peau, celle de l’écrivain-veilleur, gardien d’une mémoire de pierre; le texte compte aujourd’hui parmi les écrits souvent cités aux origines de la protection du patrimoine en France. La première moitié du XIXe siècle voit d’ailleurs littérature et architecture avancer main dans la main, et le parcours rappelle combien ce dialogue fut, pour toute une génération romantique, une évidence.

Chez Victor Hugo, un vieux mur porte autant de mémoire qu’une page écrite.

Editor's note

La Maison de Victor Hugo offre une mise en regard intelligente entre dessin et texte: voir ces feuilles change la lecture et procure un plaisir rare, tranquille et stimulant.

La rédaction recommande cette escapade pour qui veut sentir la matière même de l’imaginaire hugolien.

LE CRAYON ET LE LAVIS: du croquis de voyage à l’architecture rêvée

Le dessin est chez Hugo une pratique prolifique et variée, du relevé documentaire aux architectures imaginaires. La scénographie privilégie la contemplation rapprochée de petites feuilles souvent travaillées au lavis.

Du relevé au château rêvé L’exposition rappelle surtout un Hugo que l’on oublie: le dessinateur. L’écrivain a laissé quelque trois mille cinq cents feuilles, souvent minuscules, qu’il couvrait à l’encre et au lavis, de l’encre étendue d’eau, dans des bruns profonds.

Les premières naissent de ses voyages: entre 1830 et 1840, en Allemagne, en Suisse et dans les provinces françaises, il relève tours, clochers et donjons avec une précision presque documentaire, à la manière d’un architecte qui prend des notes. Le parcours souligne au passage le collectionneur qu’il fut, attentif aux photographies de monuments et de paysages.

Ces feuilles descriptives valent déjà pour elles-mêmes, mais elles ne sont qu’un point de départ. ≈ 3 500 Feuilles dessinées par Victor Hugo, souvent minuscules Peu à peu, le trait s’affranchit du réel.

Les châteaux et les ruines deviennent des terrains de jeu graphiques: ils se mêlent aux lettres de l’alphabet, se muent en silhouettes de papier découpé, dérivent vers des villes chimériques et des forteresses qui n’existent nulle part. Le Burg à la croix, grande composition qu’on montre rarement au public, résume cette part visionnaire, à l’image aussi du Phare d’Eddystone (1866), tour improbable dressée sur la mer.

La sélection ménage quelques rapprochements avec d’autres artistes, tel Gustave Doré, l’un des grands illustrateurs du siècle, autant de comparaisons qui resituent Hugo dans l’imaginaire graphique de son temps. Ailleurs, des photographies anciennes de bâtiments parfois quelconques côtoient ses dessins, et l’écart entre le modèle et sa transfiguration en dit long sur sa liberté de main.

Victor Hugo, Le Phare d’Eddystone, 1866, plume, pinceau, encre brune et sépia CC0 Paris Musées / Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey Focus sur l’œuvre Une haute tour-phare de type baroque se dresse sur la mer, traitée à l’encre brune et au lavis dans des bruns profonds; sur le fût courent des inscriptions relevées à l’encre (« 1606 », « PAX / IN / BELLO », « TO / GOD »), et la feuille est signée et datée en bas à droite. Le dessin est lié à la rédaction de L’Homme qui rit: Hugo emprunte le motif à une gravure de l’ouvrage de Beeverell et, dans une digression sur le naufrage des comprachicos, distingue trois types de phares, primitif, baroque et moderne, celui d’Eddystone illustrant le type baroque.

Ce court passage, sans grande importance pour le récit, semble donner lieu à l’un des plus grands et des plus brillants dessins de l’écrivain, qui approfondit tantôt par l’écriture, tantôt par le dessin les visions qui l’obsèdent.

Questions fréquentes

Quand et où se tient l’exposition?

« Hugo et l’architecture. De la pierre à la plume » se tient à la Maison de Victor Hugo, 6 place des Vosges, du 11 juin au 22 novembre 2026.

Combien d’œuvres sont présentées et quel est le format dominant?

La sélection réunit environ 160 œuvres sur papier, majoritairement de petit format, travaillées à l’encre et au lavis.

Le parcours inclut‑il l’appartement de Victor Hugo?

Oui, le parcours thématique se prolonge dans l’appartement de la place des Vosges, permettant de rapprocher les dessins des espaces qu’il a occupés.

Combien de temps prévoir pour la visite?

Compter environ une heure pour le parcours thématique, puis le temps supplémentaire souhaité pour flâner dans l’appartement: les petites feuilles demandent un regard attentif.

GUERNESEY ET LA PLACE DES VOSGES: l’architecture habitée

Hugo n’oppose pas rêve et habitat: il compose des espaces qu’il habite et transforme. Le parcours se conclut dans l’appartement où l’écrivain vivait, comme pour refermer un cycle.

L’architecture que l’on habite L’architecture, chez Hugo, n’est pas seulement un motif que l’on dessine: c’est aussi un espace que l’on habite et que l’on transforme. Pendant l’exil, sur l’île anglo-normande de Guernesey, il fait de Hauteville House une maison-manifeste.

Meubles chinés, boiseries sculptées, devises et symboles y composent ce que l’on a appelé une œuvre totale, une architecture pensée de l’intérieur, pièce après pièce, comme on écrirait un poème. Au deuxième étage du musée, une série de photographies contemporaines de cette demeure prolonge le parcours et donne à voir ce décor resté presque intact.

Le fil se referme là où il avait commencé. L’appartement où Victor Hugo vécut de 1832 à 1848, au deuxième étage de l’hôtel particulier de la place des Vosges, abrite aujourd’hui le musée: le parcours débouche ainsi sur les murs mêmes qu’habita l’écrivain.

« Hugo et l’architecture » prolonge deux expositions récentes de la maison, l’une consacrée à ses dessins, l’autre à son univers de décorateur, et bénéficie de la participation de la Bibliothèque nationale de France. Un même billet ouvre le parcours et cet appartement-musée, prolongement grandeur nature du goût de Hugo pour les volumes, les matières et les décors.

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