L’exposition
Un accrochage qui rassemble des fragments d’intimité familiale pour en faire une grande histoire de collection. Le Mobilier national présente ce regard croisé du 17 avril au 26 juillet 2026.
La Galerie des Gobelins accueille « Sèvres, une passion Rothschild », un parcours centré sur la porcelaine tendre du XVIIIe siècle et sur la manière dont une dynastie en fit l’objet d’une véritable compétition de goût. Les pièces, pour la plupart issues des collections familiales, quittent leurs demeures privées afin d’être montrées ensemble, là où elles se regardent et se jugent.
L’exposition juxtapose ensembles appartenant à la Villa Ephrussi et prêts venus de grandes institutions, le Louvre, le château de Versailles, Waddesdon Manor ou le Metropolitan Museum parmi d’autres, offrant au regard la possibilité rare de comparer codes chromatiques, formes et usages. Cette réunion transitoire met en lumière ce que la dispersion des collections efface habituellement.
Pour la première fois, les Manufactures nationales, Sèvres & Mobilier national et l’Académie des beaux-arts s’associent autour de ce projet, qui articule savoir-faire de la manufacture et histoire familiale. Le commissariat, partagé entre des regards de maison-musée et de musée de céramique, affirme un équilibre entre expertise technique et récit culturel.
Pourquoi y aller ?
Quatre motifs pour décider d’y aller: esthétique, histoire, rareté et expertise.
Une passion de famille - comment les Rothschild ont régné sur le « vieux Sèvres »
Le fil rouge de l’exposition tient à une émulation: les Rothschild, cousins et rivaux, achetant, enchérissant, transmettant. La collection devient une histoire de famille visible.
Des banquiers de Francfort aux maîtres du « vieux Sèvres » L’histoire commence à Francfort, avec Mayer Amschel Rothschild, modeste marchand du quartier juif. Ses cinq fils fondent des banques à Londres, Naples, Vienne, Paris et Francfort, d’où les cinq flèches de leur blason.
Tous deviennent collectionneurs, avec un goût commun : le « vieux Sèvres », cette porcelaine du XVIIIᵉ siècle que les collectionneurs recherchent de nouveau à partir des années 1820. La famille domine bientôt les grandes ventes et réunit l’essentiel des belles pièces de la manufacture.
Le vase « à têtes d’éléphants » de Waddesdon Manor, à la forme imaginée par le créateur de modèles Jean-Claude Duplessis, dit ce qu’ils recherchaient : la prouesse technique et l’audace des couleurs. 6 000 Objets légués par Béatrice Ephrussi de Rothschild à l’Académie des beaux-arts en 1934, dont plus de mille porcelaines de Sèvres Manufacture de Sèvres, attribué à Jean-Louis Morin (peintre), Vase « à têtes d’éléphants », vers 1760, porcelaine tendre, Waddesdon Manor Au cœur du parcours se tient Béatrice Ephrussi de Rothschild (1864, 1934), petite-fille de James, fondateur de la branche française, et l’une des plus ferventes « Sèvres-maniaques » de la famille.
En 1906, elle achète un éperon rocheux du cap Ferrat et y fait bâtir la villa Île-de-France. Un an avant sa mort, en 1934, elle lègue à l’Académie des beaux-arts la demeure et près de 6 000 objets, dont plus de mille Sèvres, en hommage à son père Alphonse.
Cette maison-musée de Saint-Jean-Cap-Ferrat conserve aujourd’hui sa collection de Sèvres, dont une partie monte à Paris le temps de l’exposition. Le commissariat, l’équipe qui a choisi les œuvres, réunit Oriane Beaufils, directrice des collections de la Villa Ephrussi, et Viviane Mesqui, conservatrice au musée national de Céramique à Sèvres.
Nota della redazione
La porcelaine, ici, devient l’instance d’un récit: objet de désir, témoin de rivalités, reliquat d’un monde bouleversé.
On sort de l’exposition avec la sensation d’avoir observé un goût à l’œuvre, et d’avoir entendu, dans la couleur et la forme, la voix d’une famille.
Rose Pompadour et vert pomme - la palette d’un goût
Sèvres se lit d’abord comme une affaire de matière et de couleur. L’exposition rend perceptible la délicatesse et la technicité qui font la singularité de la manufacture.
La porcelaine tendre et ses teintes inimitables La manufacture naît en 1740 à Vincennes, devient « royale » en 1753, puis gagne Sèvres en 1756. Sa spécialité est la porcelaine tendre, plus fragile que la porcelaine ordinaire mais seule capable de fixer des couleurs vives.
Deux d’entre elles feront la signature de ces collections : un vert pomme profond, lancé dès 1756, et un rose créé l’année suivante par Philippe Xhrouet, le « rose Pompadour ». Un pot-pourri en forme de navire, dit « vaisseau à mât » (musée du Louvre), résume cette virtuosité : livré vers 1760 à Madame de Pompadour, la favorite de Louis XV, pour son hôtel d’Évreux, l’actuel palais de l’Élysée, il compte parmi les dix seuls exemplaires réalisés, dont la moitié a appartenu aux Rothschild.
1757 Création du « rose Pompadour » par Philippe Xhrouet, un an après le vert lancé en 1756 Ces porcelaines n’étaient pas faites pour les vitrines, mais pour des intérieurs habités. Dans leurs demeures, Ferrières, Waddesdon Manor, des hôtels à Paris ou à Londres, les Sèvres voisinaient avec les meubles et les tableaux, dans ce que les décorateurs nomment encore le « goût Rothschild ».
L’exposition reconstitue plusieurs de ces décors et présente les douze aquarelles du château de Ferrières du décorateur Eugène Lami, montrées ensemble pour la première fois. La famille était aussi réputée pour ses tables : James de Rothschild recruta en 1826 le cuisinier Antonin Carême, inventeur du « soufflé Rothschild ».
Cette passion s’est prolongée jusqu’au XXᵉ siècle, le dernier des grands « Sèvres Rothschild » étant un canard de porcelaine signé du sculpteur François-Xavier Lalanne. Jean-Claude Duplessis (vers 1695, 1774), Manufacture de Vincennes, Terrine « forme nouvelle » en première grandeur, service « bleu céleste de Louis XV », 1754, porcelaine tendre, Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon Cette terrine couverte à fond turquoise, le fameux « bleu céleste », porte sur son couvercle un citron peint au naturel en guise de prise ; de larges réserves blanches y déploient des bouquets de fleurs polychromes, encadrés d’une riche dorure.
Son dessin revient à Jean-Claude Duplessis, orfèvre du roi, qui s’inspire des modèles d’orfèvrerie de son temps. La pièce appartient au service « bleu céleste » de Louis XV, premier grand service de table complet livré par la manufacture de Vincennes, 1 749 pièces livrées entre 1753 et 1755, dont le fond turquoise fut mis au point par le chimiste Jean Hellot en 1753.
Transféré au Petit Trianon vers 1778, ce service fut employé par Marie-Antoinette jusqu’à la Révolution. L’une des deux terrines « forme nouvelle » vendues 2 400 livres pièce en 1754, elle appartint au baron Robert de Rothschild, dissociée de son grand plateau.
Questions fréquentes
Quand et où se tient « Sèvres, une passion Rothschild » ?
L’exposition se déroule du 17 avril au 26 juillet 2026 à la Galerie des Gobelins, présentée par le Mobilier national.
Qui signe le commissariat de l’exposition ?
Le commissariat est assuré par Oriane Beaufils, directrice des collections de la Villa Ephrussi, et Viviane Mesqui, conservatrice au musée national de Céramique à Sèvres.
Quelles institutions prêtent des pièces pour cette présentation ?
Parmi les prêteurs figurent le Louvre, le château de Versailles, Waddesdon Manor et le Metropolitan Museum, en plus des collections de la Villa Ephrussi de Rothschild.
La Villa Ephrussi possède-t-elle une importante collection de Sèvres ?
Oui, la Villa Île-de-France à Saint-Jean-Cap-Ferrat conserve près de 6 000 objets, dont plus de 1 000 pièces de Sèvres, formant un fonds majeur pour comprendre le goût Rothschild.
De la spoliation aux musées - la trajectoire tragique et généreuse des collections
L’exposition n’ignore pas les épisodes sombres du XXe siècle qui ont marqué les collections Rothschild. Elle retrace la traversée entre perte, revendication et mise en musée.
Une section entière revient sur la Seconde Guerre mondiale: les collections de la famille furent ciblées par les persécutions antisémites, confisquées et parfois dispersées. Côté allemand, l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg organisa des saisies systématiques; en France, des mesures de séquestre et des ventes forcées vinrent briser et redistribuer des patrimoines privés.
La suite de l’histoire montre des effets contraires: restitutions, achats institutionnels, dons. Plusieurs pièces, saisies ou vendues, ont repris place dans des collections publiques ou familiales, et l’exposition rend perceptible ce passage de l’intime au musée.
Ce que la visite laisse en mémoire n’est pas seulement la beauté des formes, mais la charge historique que ces objets portent: objets de prestige, témoins d’échanges familiaux et traces d’un siècle troublé. Rassemblées ici, les porcelaines disent simultanément l’élégance d’un goût et les cicatrices d’un destin collectif.
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