L’exposition
Une première grande présentation française d’une œuvre longtemps tenue à l’écart du regard public.
Organisée aux Galeries 8 du Grand Palais du 6 mai au 30 août 2026 et coproduite avec le Centre Pompidou, l’exposition rassemble plus d’une centaine de peintures et de dessins autour du cycle connu sous le nom des Peintures du Temple. Voir ces toiles aujourd’hui, c’est assister à une révélation: une abstraction élaborée dès 1906, développée en parallèle d’une carrière académique, et conservée, par volonté de l’artiste, hors du monde pendant des décennies.
La promesse du parcours n’est pas seulement chronologique: elle tient à la mise en regard, au face à face entre une peinture « officielle » et une œuvre secrète, entre petit format intime et fresque presque architecturale. L’exposition ne se contente pas d’exposer des chefs d’œuvre, elle compose une dramaturgie visuelle qui fait sentir la distance entre ce que l’artiste montrait et ce qu’elle inventait en privé.
Le commissariat, qui replace af Klint dans son contexte spirituel et populaire, propose une lecture affinée de ces peintures: loin d’une abstraction désincarnée, on rencontre ici des rituels picturaux, des protocoles et une économie de la couleur qui construisent une cosmologie propre.
Pourquoi y aller ?
Quatre bonnes raisons de se laisser prendre par cette visite.
Une double vie: la peinture officielle et l’œuvre tenue secrète
Le parcours met en lumière la coexistence de deux pratiques et la stratégie de dissimulation choisie par l’artiste.
Diplômée de l’Académie royale des Beaux-Arts de Stockholm en 1887, Hilma af Klint fut reconnue pour ses portraits et ses paysages naturalistes, œuvres longtemps tenues pour sa production « publique ». Ces peintures académiques, souvent d’une facture précise et attentive à la nature, sont présentées en regard de dessins, études et protocoles qui trahissent la bascule progressive vers l’abstraction.
L’autre pan de sa production, composé de séries abstraites peintes entre 1906 et 1915, était scellé par testament: convaincue que le public de son temps ne comprendrait pas ces images, elle demanda que leur révélation soit différée. La muséographie joue sur cette clandestinité originelle: certains espaces du parcours conservent une intimité presque chapelle, tandis que d’autres s’ouvrent largement pour laisser respirer les grandes compositions.
Ce jeu de contrastes éclaire la méthode de l’artiste: loin d’une rupture radicale, on perçoit une évolution continue, un basculement ritualisé où la figure se décompose pour faire surgir des formes nouvelles, guidées par des pratiques collectives et spirituelles qui nourrissaient son atelier.
Nota della redazione
Sous les voûtes du Grand Palais, on ne voit pas seulement des tableaux: on éprouve une pensée picturale en train de se faire.
Cette exposition restitue la cohérence d’un projet où la couleur tient lieu de langage et la mise à l’échelle, de rituel.
Les Peintures du Temple: dix séries et des formats imposants
Le cœur du projet se compose de dix séries, un corpus à la fois intime et monumental.
Le cycle des Peintures du Temple réunit dix séries et, au total, cent quatre-vingt-treize tableaux produits entre 1906 et 1915. À l’entrée du parcours, Chaos originel (novembre 1906) expose une vingtaine de petites toiles où spirales, traces paysagères et géométries hésitantes expérimentent les premières formes de l’abstraction.
Au fil de la visite, le regard est confronté à des changements d’échelle saisissants: des panneaux modestes laissent place aux grandes toiles des Dix plus grands et aux Retables qui concluent le cycle vers 1915. Ces écarts de format ne sont pas décoratifs; ils instaurent un rythme, imposent une gestuelle du corps et modifient la manière dont la couleur circule dans l’espace.
Présenter plus d’une centaine d’œuvres issues d’un ensemble de 193 tableaux permet de mesurer l’ambition systématique d’af Klint: ces séries fonctionnent comme des protocoles visuels, des laboratoires où motifs, palettes et symboles se recombinent pour composer une mythologie picturale tout à fait singulière.
Questions fréquentes
Quand et où se tient l’exposition ?
L’exposition se déroule du 6 mai au 30 août 2026 aux Galeries 8 du Grand Palais, 17 avenue du Général Eisenhower, Paris.
Quels sont les horaires d’ouverture ?
L’exposition est ouverte du mardi au dimanche, de 10h à 19h30; nocturne le vendredi jusqu’à 22h; fermeture hebdomadaire le lundi.
Que verra-t-on dans le parcours ?
Le cœur du parcours présente le cycle des Peintures du Temple (1906-1915): cent quatre-vingt-treize tableaux répartis en dix séries, avec plus d’une centaine d’œuvres exposées au Grand Palais, accompagnées de dessins et d’un cabinet de curiosités.
Comment se procurer un billet et quel est le tarif ?
Les billets sont proposés via divers points de vente, dont Fnac Spectacles; le tarif plein communiqué est de 16,50 €.
Folklore, science et ésotérisme: les sources d’une abstraction singulière
Le parcours restitue les filiations inattendues qui alimentent l’invention formelle d’af Klint.
Du cabinet d’objets nordiques à la relecture des origines de l’abstraction Le parcours remonte aussi aux sources où l’artiste a puisé. Un cabinet de curiosités rassemble des objets du folklore nordique prêtés par des musées suédois : coiffes brodées, boîtes peintes, et une peinture populaire intitulée L’escalier des âges.
Ce motif des étapes de la vie, af Klint le reprendra, transposé dans l’abstraction, au cœur des Dix plus grands. Tout près, des traités de couleurs voisinent avec des ouvrages d’ésotérisme : l’artiste s’intéressait autant à la science des couleurs qu’à la spiritualité.
Sa rencontre avec Rudolf Steiner, fondateur de l’anthroposophie, un mouvement spirituel issu de la théosophie, infléchit plus tard sa peinture vers des formes plus géométriques. Hilma af Klint, Évolution, n° 1, 1908, huile sur toile, 102,5 × 134,5 cm, HaK069 Si ce parcours fait événement, c’est aussi parce qu’il rouvre une question d’histoire de l’art.
Les manuels datent en général la naissance de l’abstraction des années 1910-1913, autour de Kandinsky ; or af Klint peignait déjà sans modèle figuratif dès 1906, plusieurs années avant lui. Longtemps ignorée, son œuvre fait depuis peu l’objet d’une forte réévaluation, portée par la relecture de la place des femmes dans l’art moderne.
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