L’exposition
Une rétrospective chronologique et sensible qui lie histoire politique et geste pictural.
« La Marine et les peintres.
Quatre siècles d’art et de pouvoir » rassemble près de cent cinquante peintures signées par plus de quatre‑vingt‑dix artistes, du XVIIe au XXe siècle.
Conçu par Bertrand de Sainte‑Marie et Inès d’Arche de Pessan, le parcours se déplie en huit sections qui expliquent, tableau après tableau, comment l’art a servi les ambitions de l’État puis comment les artistes ont repris la main sur le sujet marin.
On sort de cette visite avec la sensation d’un récit construit: la commande comme moteur politique, la représentation des ports comme image d’autorité, puis la transformation des formes et des couleurs à mesure que la marine elle‑même change.
Pourquoi y aller ?
Quatre bonnes raisons de votre visite.
Aux origines: une marine royale en quête d’images
Le récit commence au XVIIe siècle, quand l’État se dote d’une marine permanente et d’images pour la représenter.
Quand Louis XIII et Richelieu commandent leurs premières images Tout commence en octobre 1626, quand Louis XIII confie à Richelieu la haute main sur la navigation du royaume : c’est l’acte de naissance d’une marine d’État permanente, le repère d’où se comptent les 400 ans fêtés en 2026.
Le commissariat réunit Bertrand de Sainte-Marie et Inès d’Arche de Pessan, qui déroulent le propos en huit sections chronologiques.
Pour servir ce pouvoir neuf, le roi et le cardinal commandent des images : la victoire du siège de La Rochelle (1628) inspire peintres français, flamands et hollandais, tandis que naît en France la peinture de marine, ce genre tourné vers la mer, les navires et les ports.
Claude Gellée, dit le Lorrain, en donne une version lumineuse : sa Vue d’un port avec le Capitole (vers 1636) mêle activité portuaire et clarté méditerranéenne.
Nota editorial
Cette exposition sait conjuguer la rigueur historique et le plaisir du regard: elle fait sentir, en quelques salles, comment la mer a servi d’atelier au pouvoir, puis d’atelier aux peintres.
Allez-y pour mesurer, par la matière et la couleur, la lente métamorphose du motif marin.
Au XVIIIe siècle: l’art au service de la gloire, puis le grand bouleversement
Le XVIIIe siècle magnifie la mer pour l’État, avant que le regard romantique et réaliste n’en transforme la représentation.
Des commandes royales au souffle romantique Le XVIIIᵉ siècle élève la mer au rang de sujet de prestige. Joseph Vernet en devient la figure de proue : ses Ports de France, commandés par Louis XV en 1753, donnent du royaume une image de prospérité et de puissance.
L’art reste au service de la gloire : en 1786, Louis XVI commande à Auguste-Louis de Rossel de Cercy dix-huit tableaux des victoires navales françaises, série tenue pour un « véritable monument national » dont est tiré le Combat de Gondelour, 20 juin 1783 (1791), aujourd’hui affiche de l’exposition. Tableaux des victoires navales françaises commandés à Auguste-Louis de Rossel par Louis XVI en 1786 La Révolution ouvre un siècle passionné d’Histoire, où le modèle de Vernet se transforme au contact de la peinture anglaise et de l’énergie romantique.
En 1830, un fait administratif marque les esprits : Louis-Philippe Crépin et Théodore Gudin sont les premiers peintres inscrits à l’« Annuaire de la Marine », la liste officielle des officiers, premier jalon vers le futur corps des peintres officiels. L’État et le ministère de la Marine achètent alors en nombre au Salon, pour magnifier leur politique navale et coloniale, tandis que la révolution réaliste gagne le motif marin : Gustave Courbet en fait un thème récurrent dès 1865, bientôt suivi d’Édouard Manet.
Auguste-Louis de Rossel, Combat de Gondelour, 20 juin 1783, 1791 . Fux Focus sur l’Œuvre Devenue l’affiche de l’exposition, la toile montre des vaisseaux de ligne échangeant leurs feux dans une fumée dense, sur une mer agitée.
Elle représente le combat livré au large de Gondelour, sur la côte indienne, le 20 juin 1783 : cinquième et dernier engagement du bailli de Suffren aux Indes, à l’issue duquel l’escadre française met en fuite celle de l’amiral anglais Hughes et délivre la place. Le cartouche peint détaille l’affrontement, quinze vaisseaux français contre dix-huit anglais.
Signée « Rossel 1791 » et présentée au roi la même année, elle relève de la commande passée en 1786 par Louis XVI à Rossel, ancien capitaine de vaisseau, pour une série de dix-huit victoires navales tenue pour un véritable monument national.
Questions fréquentes
Quelles sont les dates et les horaires de l’exposition ?
L’exposition se tient du 13 mai au 2 août 2026. Le Musée national de la Marine est ouvert tous les jours sauf le mardi, de 11h à 19h, avec un dernier accès une heure avant la fermeture.
Combien d’œuvres et quels artistes sont présentés ?
Près de 150 peintures signées par plus de 90 artistes, du XVIIe au XXe siècle, permettent de suivre l’évolution du peintre de marine et ses liens avec le pouvoir.
Quel est le tarif et comment son billet ?
Le tarif plein annoncé est de 15 €. Les billets se réservent en ligne via Tiqets; le billet donne également accès aux collections permanentes. L’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans.
Où se situe le musée et comment y accéder ?
Musée national de la Marine, Palais de Chaillot, place du Trocadéro et du 11‑Novembre, 75116 Paris. Métro: lignes 6 et 9, station Trocadéro. Bus: ligne 72, arrêt Pont d’Iéna.
Visions modernes: de l’ancre de 1920 au Salon d’aujourd’hui
Le XXe siècle industrialise le motif marin et voit l’arrondissement des avant‑gardes sur les quais.
La présence de Paul Signac, nommé peintre de la Marine en 1915, ouvre une fenêtre sur les couleurs vives et les partis pris néo‑impressionnistes appliqués aux ports et aux coques métalliques.
L’industrialisation apporte vapeurs, grues et structures métalliques qui transforment la composition picturale; la palette se libère sous l’influence des Fauves et des modernes, Albert Marquet étant l’un des passeurs notables.
Un décret de 1920 institue le titre officiel de « peintre du Département de la Marine », un statut non rémunéré mais porteur d’accès aux navires et aux ports: l’exposition montre ainsi la coexistence, parfois la tension, entre institution et expérimentation artistique.
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